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De la Sainteté de l’Église du Christ

Table des matières


Comment les chrétiens comprennent-ils la qualité de l’Église orthodoxe du Christ ?

Les chrétiens confessent que l’Église du Christ est sainte.

Pour préciser exactement cette notion, il faut d’abord savoir ce que signifie le mot « saint ».

Le mot « saint » – en hébreu qodesh, en grec hagios, en latin sanctus – doit être traduit en français par « séparé », « mis à part », « retranché » de la terre, n’appartenant pas aux hommes mais à Dieu.

Pourquoi, chez nous, associons-nous toujours d’abord au mot « saint » l’idée d’absence de péché ?

Parce que le mot « saint » a toujours été appliqué d’abord à Dieu, et signifiait que Dieu est l’Être comme retranché du monde, séparé de lui, n’ayant pas les imperfections (les propriétés limitées) du monde, mais infiniment supérieur au monde, plus parfait. Et comme Dieu est sans péché, le mot « saint » a fini par être compris dans le sens d’« impeccable ».

Y a-t-il des preuves que le mot « saint » ne signifie pas seulement l’absence de péché lorsqu’il s’applique au Dieu sans péché, mais aussi la séparation de quelque chose d’avec les objets de son espèce ?

Dans la Sainte Écriture, des objets inanimés sont souvent appelés « saints » : on parle, par exemple, du « lieu » saint (Jos 5, 15) ; du « temple » saint (Ps 5, 8) ; de la « montagne » sainte (Ps 47, 2 ; 2 P 1, 18, et bien d’autres passages) ; de l’« eau » sainte (Nb 5, 17) ; de l’« huile » sainte (Ps 88, 21). Tout le monde comprend que ni le lieu, ni le temple, ni la montagne, ni l’eau, ni l’huile, comme objets inanimés, ne peuvent pécher. Le mot « saint » est donc appliqué à ces objets dans un sens différent.

Le « lieu » est dit saint parce qu’il a été séparé par une apparition particulière de Dieu à l’homme (à Moïse – Ex 3, 5 ; à Josué – Jos 5, 15). Le « temple » est dit saint parce qu’il est séparé de tous les bâtiments par la présence particulière de Dieu, par le Seigneur qui « habite en lui » (Mt 23, 21). La « montagne » est sainte, selon la parole de Dieu, parce qu’elle est séparée de toutes les montagnes par des événements grandioses. L’« eau » est sainte parce qu’elle est séparée de toutes les eaux par la prière de grâce qui la sanctifie. L’« huile » est sainte parce qu’elle est séparée par une prière particulière sur elle.

C’est dans ce même sens que, d’abord et principalement, l’Église (Ep 5, 27) et les membres de l’Église (1 Co 1, 2) sont appelés saints.

Il existe de nombreuses communautés religieuses, mais la communauté véritable et juste qui en est séparée, c’est l’Église du Christ.

Comment les sectaires comprennent-ils la parole de l’Écriture Sainte selon laquelle l’Église du Christ est sainte ?

Ils pensent que la sainteté de l’Église du Christ consiste en ce que l’Église est composée d’hommes sans péché. Ils ne voient pas qu’il n’y a pas sur terre un seul homme sans péché. « Nous bronchons tous de bien des manières », dit l’Apôtre Jacques (Jc 3, 2), et l’Apôtre Jean écrit : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous » (1 Jn 1, 8). Le Sauveur lui-même nous a appris à prier chaque jour le Père céleste : « pardonne-nous nos péchés » (Lc 11, 4).

En quoi peut-on facilement convaincre les sectaires de leur faux raisonnement et leur prouver que l’Église, bien que sainte, n’est pas composée d’hommes sans péché ?

Il faut montrer aux sectaires que non seulement l’Église du Nouveau Testament, mais même l’Église de l’Ancien Testament est appelée sainte dans l’Écriture.

Lorsque le Seigneur se réserva le peuple d’Israël, il l’appela « peuple de Dieu » (Jg 20, 2) et peuple saint. Le Seigneur parla ainsi à la communauté d’Israël : « Si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez mon bien particulier parmi tous les peuples » : Israël est donc séparé de tous les peuples, car, continue le Seigneur, « toute la terre est à moi » (Ex 19, 5).

Comment donc le Seigneur appelle-t-il sa communauté en raison de cette séparation d’Israël ?

« Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte », dit le Seigneur (Ex 19, 6). De même, ailleurs, Dieu confirme : « Vous serez pour moi des hommes saints » (Ex 22, 31).

C’est pourquoi nous lisons aussi dans le Deutéronome à propos des Israélites (Dt 7, 6) : « Tu es un peuple saint pour le Seigneur ton Dieu ; voici pourquoi : c’est toi que le Seigneur ton Dieu a choisi pour être son peuple précieux parmi tous les peuples qui sont sur la terre » (cf. Dt 14, 2 ; 28, 9). « Et tous les peuples de la terre verront que le nom du Seigneur est invoqué sur toi, et ils te craindront » (Dt 28, 10). Il n’est pas dit que les peuples s’étonneront de l’impeccabilité d’Israël, mais on témoigne qu’ils craindront la séparation et l’appartenance des Israélites à Dieu, dont le Nom est sur Israël, appelé peuple de Dieu, communauté sainte. C’est dans le sens de la séparation de la communauté d’Israël que parle aussi le psalmiste : « Quand Israël sortit d’Égypte, la maison de Jacob du milieu d’un peuple barbare, Juda devint son sanctuaire, Israël son domaine » (Ps 113, 1-2). De même, le prophète Jérémie dit : « Israël était consacré au Seigneur » (Jr 2, 3), et saint Jean Chrysostome, expliquant ce passage, dit : « Israël est saint pour le Seigneur », c’est-à-dire séparé pour le Seigneur.

Peut-on considérer la communauté des Israélites, partout appelée sainte dans l’Écriture Sainte, comme impeccable ?

Non, on ne le peut pas, car bien qu’ils fussent saints, les Israélites péchèrent beaucoup, et le Seigneur les reprend partout pour leurs péchés. « Ils ont rompu mon alliance, alors que moi je restais leur maître », dit le Seigneur (Jr 31, 32).

Ainsi donc, la communauté de l’Ancien Testament, bien qu’elle fût une communauté sainte, n’était pas impeccable ; elle était appelée sainte seulement dans le sens de sa séparation d’avec tous les peuples pour le Seigneur. C’est dans ce même sens de séparation que l’Église du Nouveau Testament, la communauté du Christ, est appelée sainte.

Y a-t-il dans la parole de Dieu une prédiction concernant la séparation de la communauté des croyants du Christ, l’Église, d’avec la multitude des autres communautés religieuses ?

Oui. Le prophète Isaïe, dans sa prédiction sur l’Église du Christ, l’appelle « la montagne de la maison du Seigneur », et dit : « Il arrivera dans la suite des jours que la montagne de la maison du Seigneur sera établie au sommet des montagnes, qu’elle s’élèvera au-dessus des collines, et que toutes les nations y afflueront » (Is 2, 2-3).

De même, dans le Cantique des Cantiques, où l’Église du Christ est représentée sous la figure de l’épouse et de la femme du roi, il est dit de la haute séparation de l’Église du Christ : « Il y a soixante reines, quatre-vingts concubines, et des jeunes filles sans nombre. Une seule est ma colombe, ma parfaite ; elle est l’unique de sa mère, la préférée de celle qui l’a enfantée. Les jeunes filles la voient et la disent heureuse ; les reines et les concubines aussi, et elles la louent » (Ct 6, 8-9 – numérotation différente selon les traductions).

En quoi donc l’Église orthodoxe se distingue-t-elle de toutes les communautés religieuses ?

La première propriété de l’Église du Christ qui la distingue de toutes les communautés religieuses est que la Tête de l’Église est le Christ (Ep 1, 22).

Dans les communautés ordinaires, ce sont des hommes qui gouvernent : par exemple, dans la foi latine, c’est le pape de Rome qui gouverne ; dans les religions païennes, ce sont les prêtres ; tandis que dans l’Église orthodoxe, la Tête est le Christ. C’est en cela que notre communauté orthodoxe se distingue des autres communautés.

Deuxièmement, l’Église est une communauté qui se distingue par son enseignement, par la loi du Christ. À propos des Apôtres, qui constituèrent l’Église primitive, le Sauveur priait le Père céleste : « Je leur ai donné ta parole… Sanctifie-les par la vérité : ta parole est vérité » (Jn 17, 14.17).

La vérité du Seigneur se trouve « dans la maison de Dieu, qui est l’Église du Dieu vivant, la colonne et l’appui de la vérité » (1 Tm 3, 15). Ainsi donc, chez nous, dans l’Église orthodoxe, l’enseignement, c’est la loi du Christ, la vérité du Père céleste ; tandis que dans les autres communautés, les lois sont inventées par les hommes : par exemple, dans le latinisme, les lois sont établies par le pape de Rome ; dans la communauté baptiste, les lois ont été inventées par Nicolas Storch et Thomas Münzer ; chez les luthériens, les lois ont été inventées par Martin Luther ; chez les pachkoviens, l’enseignement a été composé par Jacob Spener et V. Pachkov ; chez les adventistes, par William Miller ; chez les témoins de Jéhovah, par Charles Taze Russell, etc. Chez nous, c’est la loi du Christ ; c’est en cela que l’Église du Christ est sainte, c’est en cela qu’elle se distingue des autres communautés.

La troisième caractéristique de l’Église est qu’elle se distingue par la conduite du Saint-Esprit, qui aide les membres de l’Église par la grâce. « Je prierai le Père, disait le Seigneur, et il vous donnera un autre Consolateur, pour qu’il demeure avec vous (c’est-à-dire avec ceux qui croient vraiment et orthodoxement en lui) éternellement » (Jn 14, 16). Ce Saint-Esprit descendit sur l’Église du Christ le jour de la Pentecôte ; il conduit constamment l’Église, l’instruit de tout et lui rappelle tout ce qu’a dit le Christ (Jn 14, 26 ; 15, 26 ; 16, 13-14).

Dans les autres communautés, la conduite principale ne vient pas du Saint-Esprit, qu’elles n’ont pas, mais des pensées des hommes pécheurs : du pape, des baptistes, des adventistes, etc. Dans l’Église orthodoxe, au contraire, comme il a été dit, la conduite vient du Saint-Esprit ; c’est encore en cela que l’Église du Christ se distingue de toutes les communautés religieuses.

L’Église est-elle appelée sainte seulement dans le sens de sa séparation d’avec les autres communautés, et non dans le sens d’une supériorité dans la vertu ?

Assurément, elle l’est dans les deux sens ; mais cette supériorité, comme nous le voyons, ne consiste pas dans l’impeccabilité des fils de l’Église, mais en ce que ceux-ci, étant séparés pour Dieu, sont appelés à atteindre progressivement la sainteté sans péché.

Dans ce cas, comment définir cette quatrième propriété distinctive de l’Église ?

Quatrièmement, l’Église se distingue de toutes les communautés par son but élevé. Le but de l’Église du Christ est de perfectionner ses membres dans la connaissance de la vérité de Dieu, d’affermir leur volonté dans la vertu, de les libérer des péchés, des passions et des inclinations pécheresses, de les conduire à la justice suprême et à l’impeccabilité. Toutes les communautés ont leurs buts, inventés et fixés par les hommes : le latinisme, le luthéranisme, le baptisme, l’adventisme et les autres sectes protestantes visent à implanter parmi les hommes une culture germano-romaine christianisée, c’est-à-dire la meilleure organisation de la vie matérielle sur terre. L’Église du Christ, elle, a son enseignement du Seigneur ; elle s’efforce, par la tempérance, de conduire les hommes à la perfection céleste et à l’amour. C’est en cela qu’elle se distingue particulièrement de toutes les communautés.

Quelles sont les autres missions de l’Église ?

Conserver intact l’enseignement du Christ et la source pleine de grâce des mystères (sacrements). Sa troisième mission est de répandre le vrai christianisme parmi les non-croyants et les hérétiques, c’est-à-dire parmi ceux qui croient faussement au Christ.

Quel enseignement l’Église du Christ donne-t-elle sur son but ?

Le Sauveur a dit que les croyants en lui doivent progresser jusqu’à devenir semblables au Père céleste : « Soyez donc parfaits, dit le Seigneur, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). L’Apôtre Paul écrivait aux croyants : « Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification » (1 Th 4, 3-4), c’est-à-dire que vous deveniez de plus en plus intègres, que vous vous approchiez de plus en plus de l’état sans péché.

Où, dans l’Écriture Sainte, ce devoir est-il prescrit non seulement aux individus, mais précisément à l’Église ?

C’est exposé très clairement dans les paroles de l’Apôtre Paul : « Il a établi les uns comme Apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints, pour l’œuvre du ministère, pour l’édification du corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme parfait, à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Ep 4, 11-13).

Y a-t-il dans l’Église les conditions appropriées pour que ses membres parviennent à une vie impeccable ?

Le Sauveur, en tant que Tête de l’Église, y a pourvu. « Le Christ, dit l’Apôtre Paul, a aimé l’Église et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau, avec la parole, et de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée » (Ep 5, 25-27).

Ainsi donc, le Seigneur a tout fait pour que les membres de l’Église parviennent à l’impeccabilité.

Comment les chrétiens parviennent-ils à l’impeccabilité ?

Les hommes pécheurs, avec leur nature pécheresse corrompue, entrent dans l’Église pour leur perfectionnement et leur salut. Là, après avoir reçu le pardon de leurs péchés, ils s’affermissent dans la foi, passant de foi en foi, de force en force, comme par degrés de justice.

Comment comprendre les paroles de l’Apôtre, lorsque le Seigneur dit de l’Église (Ep 5, 27) : « afin qu’elle soit sainte et immaculée » ?

Cela ne signifie pas que tous soient déjà sans péché, mais que dans l’Église se trouve tout ce qu’il faut pour que les croyants parviennent à l’impeccabilité. Il s’agit ici non pas de la perfection actuelle, mais de la perfection future des croyants.

Quel fondement avons-nous pour reconnaître que l’Église peut comporter des membres pécheurs ?

Tout d’abord, c’est l’enseignement du Sauveur lui-même. Le Seigneur a enseigné au sujet de sa communauté de croyants par des paraboles. Par la parabole de l’ivraie, le Seigneur a montré que dans l’Église, parmi la bonne semence de Dieu, le diable sèmerait l’ivraie, c’est-à-dire un mauvais enseignement, qu’il pousserait au mal ; mais tous ceux qui pèchent selon l’enseignement diabolique ne seront pas chassés de l’Église jusqu’à ce que le Seigneur vienne lors de son second avènement. Alors, « le Fils de l’homme enverra ses anges ; ils enlèveront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité, et ils les jetteront dans la fournaise ardente : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Mt 13, 41-42).

Cela est confirmé aussi par la parabole du filet, par laquelle le Sauveur désignait l’Église. De même que le filet, quand il est jeté, ramène toutes sortes de poissons, et qu’on ne les trie qu’au rivage, de même l’Église garde en elle pour un temps toutes sortes de membres : les bons et les méchants. « À la fin du monde, les anges viendront séparer les méchants du milieu des justes et les jetteront dans la fournaise ardente : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Mt 13, 47-50).

Et par la parabole des dix vierges qui sortirent à la rencontre de l’Époux, le Seigneur indique que dans l’Église il peut y avoir à la fois des bonnes et des mauvaises. Il montre même que tous ne sont pas sans péché, car toutes les vierges, bonnes et négligentes, ne veillèrent pas également, mais s’endormirent toutes, alors que toutes auraient dû veiller (Mt 25, 1-13).

Par la parabole du fils prodigue et du bon fils chez le père, le Sauveur a montré qu’auprès de Dieu il n’y a pas d’hommes parfaits, car le prodigue a péché, et le bon fils n’est pas resté juste jusqu’à la fin, mais est tombé dans l’envie (Lc 15, 11-32). Mais c’est surtout dans la parabole des invités au festin que le Seigneur a clairement révélé cette vérité : « Ces serviteurs, étant sortis sur les routes, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons ; et la salle de noces fut remplie de convives » (Mt 22, 10).

Par conséquent, dans l’Église, il peut y avoir des membres plus parfaits et d’autres moins parfaits. C’est dans ce même sens que l’Apôtre dit : « Dans une grande maison, il n’y a pas seulement des vases d’or et d’argent, mais aussi de bois et de terre ; les uns sont pour un usage honorable, les autres pour un usage vil. Si donc quelqu’un se garde pur de ces choses, il sera un vase d’honneur, sanctifié, utile au Maître, propre à toute œuvre bonne » (2 Tm 2, 20-21).

En fut-il ainsi dès le commencement de l’Église sur terre : l’Église du Christ a-t-elle toujours comporté des membres pécheurs ?

Tout s’est toujours passé dans l’Église conformément à l’enseignement du Sauveur : la communauté des croyants a toujours eu des membres pécheurs. Les saints Apôtres, dans toutes leurs épîtres aux croyants, parlent de leur péché. L’Apôtre Jacques signale les préjugés, la complaisance humaine, l’intempérance de la langue, les disputes et les inimitiés. Le but même de l’épître de Jacques est la correction mutuelle des croyants (Jc 5, 19-20). Il en va de même des épîtres de l’Apôtre Pierre et de toutes les épîtres de l’Apôtre Paul. Dans la brève description de la vie de l’Église du Christ dans les Actes des Apôtres, la situation est la même : Ananie et Saphire y pèchent, les chrétiens juifs et les chrétiens hellénistes s’y disputent et y oppriment les veuves pauvres (Ac 6, 1-2), les Apôtres eux-mêmes sont en désaccord (Ac 15, 36-41). De même, dans l’Apocalypse de Jean, toutes les Églises sont décrites avec leurs chutes et leurs défauts pécheurs (Ap 2–3).

Alors, comment concilier la foi en l’impeccabilité de l’Église avec la reconnaissance du péché de ses membres ?

L’Église est sainte, c’est-à-dire qu’elle est séparée de toutes les communautés religieuses par les grâces particulières de Dieu ; cependant, les membres de l’Église ne sont pas impeccables, mais « marchent seulement sur la voie sûre de l’intégrité » et possèdent tous les moyens efficaces pour atteindre la perfection.

Les sectaires pensent-ils donc qu’ils sont impeccables ?

Les sectaires baptistes, adventistes, et surtout les pachkoviens (évangéliques), déclarent presque toujours avec impudence qu’ils sont sans péché et intègres. Lorsqu’on leur montre leurs péchés évidents, ils ne se repentent pas non plus, mais disent qu’ils n’ont pas de péché, bien qu’ils pèchent parfois. C’est tout comme si quelqu’un – un ivrogne – disait qu’il ne boit pas, tout en buvant. C’est effectivement ce que disent certains sectaires ivrognes.

Quelle preuve de leur prétendue impeccabilité les sectaires apportent-ils ?

Ils citent les paroles de l’Apôtre Jean le Théologien : « Quiconque est né de Dieu ne commet pas le péché, parce que sa semence demeure en lui ; il ne peut pas pécher, parce qu’il est né de Dieu » (1 Jn 3, 9).

Ces paroles témoignent-elles de l’impeccabilité des sectaires ?

Pas du tout. D’abord, il y est question de la naissance de Dieu ; or les sectaires sont nés du diable, car ni le Christ Dieu, ni ses Apôtres n’ont créé de sectes – c’est le diable qui les a créées. Ensuite, par ces paroles, l’Apôtre Jean dit seulement qu’il est inconvenant pour les chrétiens d’être pécheurs, qu’ils ne doivent pas admettre le péché. Cependant, l’Apôtre Jean ne nie pas que les chrétiens pèchent en réalité. Il dit : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous » (1 Jn 1, 8). Et s’il écrit sur l’impeccabilité de ceux qui sont nés de Dieu, l’Apôtre lui-même explique pourquoi il écrit ainsi : « Mes petits enfants, je vous écris cela pour que vous ne péchiez pas » (1 Jn 2, 1).

Que disent les sectaires pour se justifier lorsqu’on leur fait cette explication ?

Ils commencent à poser aux orthodoxes des questions par lesquelles ils veulent prouver leur propre justice.

Ils demandent aux orthodoxes : « Où sera votre âme si vous mourez maintenant ? » Et si l’orthodoxe a du mal à répondre, les sectaires disent habituellement : « Nous, nous savons que nous serons avec le Seigneur dans le paradis, parce que nous sommes déjà sauvés », comme dit l’Apôtre : « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est pas par les œuvres, afin que personne ne se glorifie » (Ep 2, 8-9).

Comment faut-il répondre aux questions et aux raisonnements des sectaires ?

À la question : où sera notre âme après la mort, il faut répondre par les paroles de l’Apôtre : « Nous savons en effet que, si notre tente terrestre vient à être détruite, nous avons de la part de Dieu un édifice dans les cieux, une demeure éternelle, qui n’a pas été faite de main d’homme. Aussi nous gémissons dans cette tente, désirant avec ardeur revêtir notre demeure céleste, pourvu que nous soyons trouvés vêtus, et non pas nus » (2 Co 5, 1-3). « Nous sommes donc pleins de confiance, et nous aimons mieux quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur » (2 Co 5, 8).

Quant à l’affirmation des sectaires qu’ils sont déjà sauvés et qu’ils entreront aussitôt dans le paradis, il faut leur répondre par les paroles de l’Apôtre : « C’est en espérance que nous sommes sauvés » (Rm 8, 24). Il faut encore attendre avant de se préparer pour le paradis, car le Jugement terrible aura lieu, non seulement pour les pécheurs, mais aussi pour les chrétiens justes : « C’est le moment, dit l’Apôtre Pierre, où le jugement va commencer par la maison de Dieu. Or, s’il commence par nous, quelle sera la fin de ceux qui refusent de croire à l’Évangile de Dieu ? Et si le juste lui-même est sauvé difficilement, que deviendront l’impie et le pécheur ? » (1 P 4, 17-18). Il faut donc d’abord s’efforcer de se libérer des passions, des convoitises, des mauvaises habitudes, et apprendre à vivre pieusement.

Par quoi les sectaires cherchent-ils à fonder leur fausse doctrine de leur propre impeccabilité ?

Ils rapprochent abusivement deux paroles de l’Apôtre Jean : « Quiconque est né de Dieu ne commet pas le péché » (1 Jn 3, 9) – et : « Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu » (1 Jn 5, 1), et en concluent que les croyants ne pèchent pas.

En quoi cette conclusion est-elle erronée ?

En ce qu’il faut entendre ici la foi parfaite et la naissance parfaite de Dieu, auxquelles les chrétiens ne parviennent qu’au terme d’un long combat, et encore peu nombreux sont-ils à y parvenir.

D’où voit-on qu’il ne s’agit pas ici de n’importe quel croyant ?

Tout croyant ne peut pas faire des miracles ; seuls ceux qui sont devenus parfaits dans la foi le peuvent, très peu nombreux, comme il est dit : « Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : “Transporte-toi d’ici là”, et elle se transporterait ; rien ne vous serait impossible » (Mt 17, 20). Ou encore : « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui croit en moi, les œuvres que je fais, il les fera aussi, et il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais vers le Père » (Jn 14, 12).

Ainsi donc, si les sectaires se disent croyants et nés de Dieu au sens parfait, qu’ils appliquent à eux-mêmes ces paroles du Sauveur !

Il y a donc différents degrés de foi et de naissance de Dieu ?

Assurément, oui. Cela se voit par les paroles de l’Apôtre Paul : « En lui (l’Évangile) la justice de Dieu est révélée de la foi à la foi » (Rm 1, 17). L’Apôtre Jacques dit d’Abraham : « La foi agissait avec ses œuvres, et par les œuvres la foi fut rendue parfaite » (Jc 2, 22).


Source : Dobroe Ispovedanie (La Bonne Confession), Catéchisme orthodoxe anti-sectaire, N. Varjanski, réédition de l’édition de 1910, Moscou, Blagovest, 1998, 350 p.

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