Compte tenu de ce qui précède, nous nous croyons en droit de poser une question à ceux qui déclarent que la Bible est un livre non fiable d'un point de vue scientifique et historique, à savoir : quand, à quelle époque, l'Écriture Sainte a-t-elle été déformée ? Si l'on dit que cela a eu lieu avant le Christ, nous répondrons que le Christ a confirmé l'authenticité de l'Écriture Sainte de la manière suivante :
a) En citant les prophéties qui parlent de Lui. Telle est, par exemple, la prophétie d'Ésaïe que le Christ a citée dans la synagogue de Nazareth. Il y est dit : « L'Esprit du Seigneur Dieu est sur moi, car l'Éternel m'a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux malheureux ; il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclarer aux captifs la liberté, et aux prisonniers la délivrance ; pour proclamer une année favorable de l'Éternel » (Ésaïe 61,1-2). Luc, l'auteur de l'un des Évangiles, rapporte qu'après avoir lu ce passage de la prophétie qui Le concernait, le Christ dit aux auditeurs : « Aujourd'hui, cette parole de l'Écriture que vous venez d'entendre est accomplie » (Luc 4,21).
b) En exhortant les Juifs à lire l'Écriture Sainte et à l'étudier plus profondément : « Sondez les Écritures, car vous pensez avoir par elles la vie éternelle ; et ce sont elles qui rendent témoignage de Moi » (Jean 5,39).
c) En blâmant les sadducéens d'ignorer l'Écriture Sainte, disant : « N'étiez-vous pas dans l'erreur, faute de connaître les Écritures et la puissance de Dieu ? » (Marc 12,24)
d) En utilisant l'Écriture Sainte comme une arme dans la lutte contre les tentations du diable. Nous lisons que le Christ a repoussé les tentations sataniques dans le désert de la Transjordanie à l'aide de citations de la Bible. À la première tentation, Il répondit : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de l'Éternel » (Deutéronome 8,3). Il vainquit la deuxième tentation par ces mots : « Vous ne tenterez point l'Éternel, votre Dieu » (Deutéronome 6,16). Et Il détourna la troisième tentation en disant : « Tu craindras l'Éternel, ton Dieu, et tu Le serviras lui seul » (Deutéronome 6,13).
Les Apôtres du Christ, suivant l'exemple du Maître, citèrent l'Ancien Testament dans leurs Épîtres. Par exemple, au sujet de la mort de Judas Iscariote, ils citèrent les Psaumes : « Or, il est écrit dans le livre des Psaumes : “Que sa demeure devienne déserte, et que personne n'y habite” et “qu'un autre prenne sa charge” » (Actes 1,20 ; Psaume 108,8). Lorsqu'ils furent remplis du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, ils l'expliquèrent ainsi : « Mais c'est ici ce qui a été dit par le prophète Joël : “Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes ; oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes, dans ces jours-là, je répandrai de mon Esprit, et ils prophétiseront” » (Actes 2,16-18 ; Joël 2,28-29).
Est-il possible que le Christ et Ses Apôtres, remplis du Saint-Esprit, aient tenté d'expliquer et de confirmer leur apostolat et leur enseignement en recourant à des citations d'une Écriture Sainte déformée, tout en exhortant les gens à la lire et à obéir à ses commandements ? Qui oserait affirmer que le Christ et Ses Apôtres ignoraient la falsification et qu'ils ont donc eu recours à des extraits de la Bible par ignorance ? Se trouvera-t-il quelqu'un parmi les croyants qui oserait déclarer une telle chose, mettant ainsi en doute l'inspiration des Apôtres et des prophètes et, par conséquent, attribuant à Dieu une attitude négligente quant à la préservation de Sa Parole dans sa pureté ? De plus, une telle discréditation jetterait une lumière défavorable sur le Coran lui-même, car celui-ci contient de nombreuses indications sur l'authenticité de l'Écriture Sainte.
Mais si ceux qui affirment la déformation de la Bible disent que les Juifs ont altéré l'Ancien Testament après la crucifixion du Christ, nous répondrons que cela était impossible à réaliser, parce que les livres de l'Ancien Testament se trouvaient également entre les mains des chrétiens, et si les Juifs avaient tenté de les déformer, les chrétiens auraient produit le texte authentique.
Si les partisans de la falsification de la Bible affirment que ce sont les chrétiens qui l'ont altérée, nous répondrons également que c'est invraisemblable, car alors les Juifs auraient dénoncé les chrétiens.
Si l'on admet que Juifs et chrétiens ont secrètement dissimulé les corrections apportées par les uns et les autres au texte sacré, il faut encore reconnaître que cela était impossible, puisque les Juifs étaient dès le début dans l'opposition au christianisme et contestaient la venue du Christ — ils n'auraient entretenu aucune relation avec les chrétiens. Si une telle hypothèse impossible s'était effectivement réalisée, les Juifs n'auraient-ils pas exigé que soit supprimé tout ce qui se rapporte à la louange du Christ, ainsi que les mentions de Sa divinité et du fait que tous les prophètes ont parlé de Lui, de Son incarnation, de Sa naissance miraculeuse, ainsi que de Ses souffrances, de Sa mort et de Sa résurrection ? Mais puisque tous les passages de l'Écriture qui glorifient le Christ sont restés dans la Bible, de telles allégations restent sans fondement.
Il y a encore une circonstance que les partisans de la théorie de la déformation de la Bible ne peuvent réfuter : dès l'aube du christianisme, les livres de l'Ancien Testament se trouvaient chez les chrétiens comme chez les Juifs, dans la même langue dans laquelle les saints hommes de Dieu les avaient écrits. Les savants ont minutieusement comparé les copies conservées par les uns et les autres et ont constaté qu'elles sont identiques (totalement concordantes). De plus, nous avons le droit de demander à ceux qui affirment que la Bible n'est pas originale : Quand la falsification de l'Évangile a-t-elle eu lieu ? Avant ou après le Coran ? Si c'est avant, le Coran les met dans une situation embarrassante, parce qu'il ordonne à Mahomet de chercher l'aide de ceux qui lisent la Bible pour éviter les doutes : « Si tu es en doute sur ce que Nous avons fait descendre vers toi, interroge ceux qui lisent le Livre révélé avant toi » (Sourate 10,94). Puisque Dieu est omniscient, Sa grandeur ne s'accommode pas qu'Il renvoie Mahomet à un livre falsifié pour écarter d'éventuels doutes.
Témoignant de l'authenticité de la Bible, le Coran poursuit : « Et Nous t'avons révélé le Livre avec la vérité, confirmant ce qui l'a précédé comme Livre et prévalant sur lui » (Sourate 5,48).
Si la soi-disant « falsification » a eu lieu après le Coran, alors ceux qui l'affirment montrent par là que le Coran a échoué, qu'il n'a pas rempli sa fonction de gardien. Autrement dit, si l'Ancien et le Nouveau Testament ont été falsifiés après le Coran, une telle affirmation n'est rien d'autre qu'une accusation contre le peuple du Coran d'avoir négligé sa mission la plus importante. À tout le moins, les gens du Coran auraient dû conserver au moins un ou plusieurs exemplaires des deux Testaments dans leur forme originale, car s'il y a un gardien, il doit exister quelque chose qu'il est chargé de garder.
C'est ce que les chrétiens ont réalisé. Lorsqu'ils ont vu que l'Ancien Testament contenait des prophéties sur le Christ, leur Seigneur, ils se sont faits les gardiens de l'intégrité de la Thora et ont tout fait pour la répandre dans le monde entier. Elle est traduite en 1400 langues ! Pourquoi les musulmans n'ont-ils pas fait de même, s'ils croient que la Thora et les Évangiles contiennent des prophéties et des informations sur Mahomet ?
En terminant l'examen du sujet, nous pouvons poser cette question : Si des musulmans, qui observent strictement le Coran, décidaient d'interroger le peuple du Livre sur certaines questions théoriques et rencontraient en chemin un groupe de ceux qui soupçonnent que la Bible a été falsifiée, et qu'ils leur disent : Nous allons vers le peuple du Livre, car le Coran nous ordonne de l'interroger en cas d'obscurités, ceux qu'ils rencontreraient oseraient-ils dire : « N'y allez pas, leur Livre n'est pas fiable, il est falsifié » ? S'ils osaient dire cela, comment les croyants agiraient-ils ? Croiraient-ils ceux qui affirment qu'une falsification a eu lieu, ou bien croiraient-ils le Coran, dans lequel il est écrit : « Interrogez le peuple du Livre sur ce que vous ne savez pas » ?
Il en découle la question suivante : Quelle sera l'attitude de tout musulman qui accepte les affirmations sur la « falsification » à l'égard des paroles suivantes du Coran : « Ce Livre, il n'y a pas de doute là-dessus, est un guide pour les pieux, qui croient à ce qui t'a été révélé et à ce qui a été révélé avant toi » (Sourate 2,1-4). Dites (musulmans) : « Nous croyons en Allah, à ce qu'on nous a révélé, à ce qui a été révélé à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus, à ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et à ce qui a été donné aux prophètes de la part de leur Seigneur. Nous ne faisons aucune distinction entre eux, et c'est à Lui que nous sommes soumis » (Sourate 2,136).
Comment se fait-il que le Coran ordonne aux croyants en la Révélation divine de ne faire aucune différence entre le Coran et la Bible, si cette dernière a été modifiée et falsifiée ? Une telle affirmation sur la falsification de l'Écriture Sainte et de l'Évangile ne constituerait-elle pas un acte d'accusation contre la justice, la véracité et l'honnêteté de Dieu ?
Tournons-nous vers l'histoire. Quiconque a étudié l'histoire sait que les chrétiens, depuis l'époque des Apôtres jusqu'au début du quatrième siècle de notre ère, ont souffert des persécutions et des tortures de la part du paganisme et des Juifs. Ils les ont supportées avec une patience qui a étonné le monde entier, et surtout les persécuteurs eux-mêmes. Cette constance provenait de leur foi dans le Saint Évangile et de leur dévouement à ses idéaux sacrés.
Les historiens attestent que les chrétiens accueillaient les supplices avec joie par amour pour le Christ et par obéissance à Son commandement « d'être fidèle jusqu'à la mort ». Beaucoup d'entre eux ont subi les plus terribles tortures et punitions parce qu'ils avaient refusé de renier le Christ et Son enseignement, préférant toute mort à la jouissance temporaire de la vie.
Ouvrez les chroniques du christianisme, et vous y trouverez des mentions de masses de témoins qui ont été soumis à la torture mais n'ont pas accepté la délivrance, dans l'espoir de la résurrection à venir. Peut-on croire que les chrétiens, qui ont consenti de si grands sacrifices et enduré de longues souffrances au nom des idéaux de l'Évangile, auraient osé le falsifier ?
Les chrétiens auraient-ils permis à quiconque, quelles que soient ses opinions, de modifier la parole de la grâce de Dieu, alors que les Apôtres leur avaient laissé ce commandement : « Mais si nous-mêmes, ou un ange du ciel, vous annonçons un autre Évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème ! » (Galates 1,8)
On aimerait demander à ceux qui affirment qu'une « falsification » a eu lieu : Qu'est-ce qui a poussé les chrétiens à modifier leur Bible ? Existe-t-il une cause qui, à leurs yeux, serait préférable à la vie éternelle ? Leur Seigneur et Sauveur, à qui ils ont donné leur esprit, leur sang et tout ce qu'ils considèrent comme précieux, a scellé Son alliance avec eux par un avertissement transmis par l'Apôtre Jean : « Je le déclare aussi à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : si quelqu'un y ajoute quelque chose, Dieu fera tomber sur lui les fléaux décrits dans ce livre ; et si quelqu'un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu lui retranchera sa part de l'arbre de vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre » (Apocalypse 22,18-19).
Si tous les partisans de la falsification affirment qu'elle a eu lieu après l'apparition du Coran, leurs affirmations gratuites deviennent caduques à la lumière des faits suivants :
a) Le christianisme s'était répandu dans de nombreux pays — Anatolie, Arabie, Perse (Iran), Afrique du Nord, Inde, Italie, France, Espagne, Angleterre et Allemagne. Est-il logique de supposer que les chrétiens de tous ces pays, si éloignés les uns des autres, aient pu se rencontrer un jour et conspirer pour modifier l'Évangile ?
b) Ceux qui avaient embrassé le christianisme dans ces pays ne parlaient pas la même langue. La Bible circulait en de nombreuses langues, ce qui rendait impossible une telle conspiration pour falsifier les Livres Saints, d'autant plus que ces gens ne se comprenaient pas mutuellement.
c) Au quatrième siècle de notre ère, les chrétiens étaient divisés en de nombreuses sectes professant des dogmes différents. Chacune cherchait à confirmer la vérité de sa doctrine par les textes de l'Évangile. De nombreuses discussions eurent lieu sur l'interprétation de tel ou tel passage, et des assemblées (conciles ecclésiastiques) furent convoquées pour discuter des différences doctrinales. L'un des plus célèbres et des plus importants fut le concile de Nicée, qui se termina par l'anathème contre l'hérésie d'Arius et de ses disciples.
Dans ce contexte, l'affirmation d'une conspiration secrète des chrétiens en vue de falsifier le Nouveau Testament ne peut tenir. À ceux qui parlent de falsification, nous sommes en droit de demander : Où et quand une telle falsification a-t-elle eu lieu, et comment les criminels sont-ils parvenus à un accord ?
Il n'a jamais manqué dans le monde d'historiens honnêtes et véridiques consacrés à l'enregistrement des événements mondiaux. Quelqu'un peut-il mentionner le nom d'un historien, païen, musulman ou juif, qui aurait consigné qu'une réunion a eu lieu quelque part, rassemblant des gens de différents pays, incluant Juifs et chrétiens de confessions diverses et parlant des langues différentes, au cours de laquelle la Parole de Dieu aurait été déformée ? En admettant qu'une telle réunion ait eu lieu, comment se fait-il que personne n'ait conservé une ou plusieurs copies comme témoignage de la conspiration des Juifs et des chrétiens ?
Et bien sûr, si une telle conspiration avait effectivement eu lieu, cela signifierait que les disputes entre Juifs et chrétiens se seraient terminées au prix de la déformation de la Loi de Dieu.
Iskander Jadid.
Éditions « La Lumière sur l’Orient », Kornthal, RFA, 1985.