De ce qui précède, il est clair que le Coran reconnaît la Thora et l'Évangile comme Parole de Dieu, soulignant particulièrement qu'elle ne peut être modifiée. Mais – si ce double témoignage écrit adressé aux hommes est vrai, alors la conclusion s'impose que, sans aucun doute par ordre divin, ni la Thora ni l'Évangile n'ont pu être modifiés, ni avant ni après le Coran.
En effet, des chercheurs musulmans en Inde, ayant étudié en détail la question à la lumière du contenu du Coran, sont arrivés à la conviction que les deux livres – tant l'Ancien que le Nouveau Testament – n'ont subi aucune falsification, modification ou substitution, de sorte que cela peut être considéré comme absolument prouvé ; mais il y a des signes que certains Juifs ont mal interprété ces livres.
Ces savants profondément croyants ont fondé leurs conclusions sur les commentaires de chercheurs musulmans à certains textes du Coran, tels qu'El-Razi, El-Djalalan et Abou Djaafar el-Tabari. Nous donnons ci-dessous quelques-uns de ces textes.
« Parmi les Juifs, il en est qui détournent les mots de leur sens et disent : “Nous avons entendu, mais nous n'obéissons pas ; écoute sans être entendu, et garde-nous” – tordant la langue et attaquant la religion. » (Sourate 4,46)
L'explication qu'El-Razi donne de ce passage consiste en ceci : un groupe de Juifs venait habituellement trouver Mahomet pour chercher une réponse à des questions, et Mahomet leur répondait. Mais après cela, ils déformaient ses réponses.
El-Djalalan explique le passage ci-dessus de la manière suivante : un groupe de Juifs a déformé le sens véritable des paroles contenues dans la Thora, en particulier celles qui concernent Mahomet. Aux ordres de Mahomet, ils disent : « Nous t'entendons parler, mais nous n'obéissons pas ». Ils disent aussi : « Nous écoutons, mais nous n'entendons pas », voulant dire : « Tu n'as jamais rien entendu ». Enfin, ils lui dirent « Raïna », qui signifie en arabe « écoute-nous », mais qui est utilisé dans leur langue comme une malédiction. Ainsi, ils déforment par leurs langues, blasphémant contre l'islam (Djalalan 112).
Dans les commentaires d'El-Tabari, nous lisons : « Les Juifs blasphémaient et offensaient Mahomet par les pires paroles, disant : “Écoute-nous comme celui qui n'entend pas”, de même qu'on lance injurieusement à quelqu'un : “Écoute ! Que Dieu te rende sourd !” Quant au mot “Raïna”, il l'explique comme “écouter des paroles infâmes !” »
Selon les commentaires cités, les Juifs n'ont nullement retranché quoi que ce soit du texte du Livre ni n'y ont rien ajouté de leur propre chef ; tout ce qu'ils ont fait consistait à changer le sens des mots par des tournures verbales (El-Tabari 8,433).
« Ô gens du Livre ! Notre messager est venu à vous pour vous expliquer beaucoup de ce que vous cachiez du Livre, et pour passer sur beaucoup d'autres choses. » (Sourate 5,15)
El-Razi, dans son interprétation de ce verset, dit qu'il s'agit des Juifs qui, lors de la lecture de la Thora (Deutéronome 22,23-24), déformaient la langue et changeaient le sens de « lapidation à mort » en « flagellation avec des cordes (des lanières) ».
El-Tabari écrit à propos de ce texte que des Juifs vinrent trouver Mahomet pour lui demander le sens des mots « lapidation ». Ils entrèrent tous ensemble dans la maison et posèrent leur question. Mahomet leur demanda : « Qui parmi vous est le plus savant ? » Ils désignèrent Ibn Suria. Mahomet lui demanda : « Est-il vrai que tu es le plus savant d'entre eux ? » Ibn Suria proposa à Mahomet de lui poser n'importe quelle question. Mahomet répéta sa question : « Es-tu le plus savant parmi les présents ? » Ibn Suria répondit : « C'est ce qu'ils disent. » Mahomet exigea de lui qu'il jure par Celui qui a donné la Thora à Moïse et qui est monté sur le mont Sinaï ; qu'il jure par les alliances qu'ils ont reçues, jusqu'à ce qu'Ibn Suria, bouleversé, avouât : « Nos femmes sont d'une grande beauté, si bien que la lapidation est de plus en plus fréquente parmi nous. Par conséquent, pour leur sauver la vie, nous avons réduit le commandement et nous punissons par cent coups de cordes ou de chaînes et par la tonsure de la tête. » Alors Mahomet leur ordonna de lapider les pécheurs (El-Tabari 11,611).
« Ils n'ont pas estimé Allah à sa juste valeur quand ils ont dit : “Allah n'a rien fait descendre sur un être humain”. Dis : “Qui a fait descendre le Livre que Moïse a apporté comme lumière et guide pour les gens, et que vous mettez sur des feuillets que vous montrez, tout en en cachant beaucoup ?” » (Sourate 6,91)
El-Baydaoui, El-Razi et El-Tabari sont d'accord entre eux que la déformation visée ici consistait à cacher un certain nombre de faits en retenant certains textes de la Thora. Ils ont noté que les Juifs ont recopié la Thora sur des rouleaux de parchemin et ont caché aux gens beaucoup de ce qu'ils avaient écrit. Mais ils ont également caché beaucoup de ce qu'ils avaient recopié. Nous convenons que cette action est honteuse. Mais « mettre de côté » des parchemins est tout à fait différent d'une « falsification » du texte.
« Eh bien, espérez-vous qu'ils vous croient, alors qu'une partie d'entre eux entendait la parole d'Allah, puis la déformait après l'avoir comprise, alors qu'ils la savaient ? » (Sourate 2,75)
El-Tabari donne de ce texte l'explication suivante : « Certains anciens d'Israël s'adressèrent à Moïse : “Il nous est impossible de voir Dieu (gloire et louange à Lui) ; donne-nous d'entendre Ses paroles lorsqu'Il te parle.” Moïse demanda à Dieu la permission, et Dieu lui dit : “Qu'ils se purifient, qu'ils purifient leurs vêtements et qu'ils regardent de loin.” Les Juifs firent ainsi, et Moïse les emmena sur le mont Sinaï. Lorsque le nuage les recouvrit, Moïse donna l'ordre, et ils se prosternèrent par terre. Ensuite, Dieu parla à Moïse, et ils entendirent Ses paroles, Ses commandements et Ses interdits, et ils comprirent ce qu'ils avaient entendu. Après cela, Moïse revint avec les anciens vers Israël. Lorsqu'ils approchèrent du peuple, certains des anciens déformèrent ce qu'il leur avait été ordonné d'observer par le Seigneur Dieu. »
D'après le matériel cité ci-dessus, nous voyons que certains des anciens d'Israël ont changé le sens des paroles qu'ils avaient entendues après les avoir comprises, mais d'autres s'en tinrent à ce qu'ils avaient entendu (El-Tabari 1,334).
« Et parmi les Juifs, ils écoutent le mensonge, ils écoutent pour d'autres gens qui ne sont pas venus vers toi ; ils déforment les mots après qu'ils ont été placés (dans leur contexte). » (Sourate 5,41)
El-Djalalan explique ce passage ainsi : « Ce verset parle d'un groupe de Juifs qui ne voulaient pas faire lapider un couple marié pour adultère. Ils envoyèrent une délégation à Mahomet pour lui demander le sens de cette disposition contenue dans la Thora. La déformation dont on les accuse consiste en ceci : ils recommandèrent à la délégation les paroles suivantes : “Si Mahomet interprète le châtiment comme une flagellation avec des lanières, acceptez-le ; s'il l'interprète comme une lapidation, ne l'acceptez pas” » (Djalalan 150).
On demande : « Qui parmi les Juifs a “falsifié” la Thora et quand ? » El-Razi dit que ce sont les contemporains. Mais il note dans le troisième volume de son commentaire du Coran que la « falsification » signifie « semer de vains doutes » en lisant le texte et en déformant le sens véritable des mots par une traduction incorrecte et en recourant à des tournures verbales trompeuses, comme les hérétiques de tous les siècles l'ont fait avec les textes qui contredisent leurs vues.
Nous ne défendons en aucune manière les Juifs ; nous voulons seulement rendre public le fait que les Juifs n'ont pas osé modifier le texte de la Thora, et que cela n'est pas sous-entendu dans les accusations du Coran. Et nous voulons aussi souligner que le Coran n'a jamais accusé les chrétiens d'avoir falsifié ou déformé l'Évangile.
En tout cas, à quiconque affirme que le texte de la Bible est déformé et prétend sans preuve que le véritable texte de la Bible nous est inaccessible, nous déclarons qu'une telle affirmation contredit le Coran, qui témoigne clairement que la Bible est fiable et non déformée.
Iskander Jadid.
Éditions « La Lumière sur l’Orient », Kornthal, RFA, 1985.