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Question : En quoi consiste la doctrine catholique de la primauté du pape ?
Réponse : Selon cette doctrine, le pape est proclamé « vicaire du Christ et chef visible de toute l’Église », de tous les chrétiens, « gérant de la maison du Dieu vivant », possédant la plénitude du pouvoir qu’il a le droit d’exercer librement en tout temps.
Q : Cette doctrine est-elle correcte ?
R : Non, elle ne l’est pas. Le seul chef de l’Église est le Seigneur Jésus-Christ lui-même, comme l’enseigne l’Apôtre Paul : Dieu « a tout mis sous ses pieds, et il l’a donné pour chef suprême à l’Église, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous » (Éphésiens 1, 22-23) ; « Il est la tête du corps de l’Église » (Colossiens 1, 18). Il n’existe donc pas de second « chef visible de toute l’Église », qui est le corps du Christ, ni de « vicaire du Christ sur terre ».
Q : Les chrétiens anciens reconnaissaient-ils l’évêque de Rome comme chef de toute l’Église ?
R : Non, ils ne le reconnaissaient pas. Les Églises locales et leurs primats n’avaient d’autorité que dans les limites de leur division administrative et, dans les listes, venaient dans l’ordre : Rome, Constantinople (leurs évêques portaient le titre de « Patriarches œcuméniques »), Alexandrie, Antioche, Jérusalem. L’ordre ne correspondait qu’à leur rang honorifique en fonction de leur position culturelle et civile, mais non à une autorité administrative supérieure d’une Église sur les autres – elles étaient toutes égales en droits et en grâce, et ne représentaient chacune qu’une partie du corps unique de l’Église du Christ. L’Église ne tolérait ni l’autorité unique des évêques primats ni l’absolutisme. À l’exemple du Concile apostolique de 51 (cf. Actes 15, 6-29), l’instance suprême pour résoudre les questions les plus importantes de l’Église et des Églises locales fut établie comme étant le Concile local des évêques, et pour toute l’Église orthodoxe, le Concile œcuménique.
Q : Les Conciles œcuméniques n’ont-ils pas accordé aux papes un pouvoir suprême sur toute l’Église ?
R : Non, les Conciles œcuméniques ont seulement confirmé le pouvoir de chaque primat dans les limites de sa propre région. Le premier Concile œcuménique, par son 6e canon, décréta : « Que les anciens usages reçus en Égypte, en Libye et dans la Pentapole soient maintenus, afin que l’évêque d’Alexandrie ait autorité sur toutes ces provinces, car cela est aussi habituel pour l’évêque de Rome. De même, qu’à Antioche et dans les autres provinces, les prérogatives des Églises soient conservées. » Le 7e canon ordonna également d’honorer l’évêque de Jérusalem tout en conservant la dignité due à une métropole.
Le deuxième Concile œcuménique, par son 3e canon, établit : « Que l’évêque de Constantinople ait la prééminence d’honneur après l’évêque de Rome, parce que cette ville est la nouvelle Rome. » Ces décisions furent confirmées par le 28e canon du quatrième Concile et le 36e canon du sixième Concile œcuménique.
Q : Quand la doctrine de la primauté pontificale est-elle apparue ?
R : Des tentatives isolées des papes de s’arroger la primauté sur toute l’Église eurent lieu dès l’époque des Conciles œcuméniques (325-787) et peu après, mais elles furent rejetées. Par exemple, le pape Nicolas Ier se déclara chef de toute l’Église et détenteur du droit de domination monarchique sur terre, et au concile romain de 863, il anathématisa ceux qui ne reconnaissaient pas son autorité universelle, ce qui fut rejeté par le concile de Constantinople. La primauté du pape, en tant que doctrine officielle, fut formulée au concile uniate de Florence (1439) et reprise dans les dogmes des premier (1870) et deuxième (1962-1965) conciles du Vatican.
Q : Comment les romano-catholiques justifient-ils cette doctrine ?
R : Ils affirment que Jésus-Christ lui-même a laissé le pouvoir suprême sur l’Église à l’Apôtre Pierre, en lui accordant des prérogatives spéciales par rapport aux autres Apôtres, la propriété éminente de l’infaillibilité, les clés du Royaume des Cieux, faisant de lui comme le prince des Apôtres – le monarque de tout le monde chrétien – et que Pierre a transmis ces prérogatives par succession aux papes.
Q : L’Église ancienne reconnaissait-elle l’Apôtre Pierre comme vicaire du Christ, chef de toute l’Église et des autres Apôtres ?
R : Non, elle ne le reconnaissait pas. L’Apôtre Pierre, avec l’Apôtre Paul, est appelé chef suprême comme le premier parmi ses pairs, en raison de sa foi ardente, de sa primauté dans la confession du Seigneur Jésus-Christ comme Fils de Dieu et de ses grands mérites envers l’Église, mais cela ne lui conférait aucun droit ou privilège de primauté supplémentaire par rapport aux autres Apôtres. Aucun des saints Pères et docteurs de l’Église n’a reconnu l’Apôtre Pierre comme chef des Apôtres et vicaire du Christ.
Q : Par quels arguments les catholiques prouvent-ils que l’Apôtre Pierre a reçu de Jésus-Christ la primauté sur l’Église et les autres Apôtres ?
R : Les catholiques se réfèrent principalement à trois passages de l’Évangile, censés le confirmer. Le premier : lorsque Jésus-Christ demanda à ses disciples qui ils pensaient qu’il était, Pierre, le premier des Apôtres à répondre, dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Alors Jésus lui dit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur ce roc je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clés du royaume des cieux : tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Matthieu 16, 16-19). Selon les théologiens catholiques, les paroles « sur ce roc » se rapportent à l’Apôtre Pierre et confirment qu’il a été établi par le Sauveur comme chef de l’Église et vicaire de Dieu sur terre.
Q : À quoi se rapportent réellement les paroles du Sauveur « sur ce roc » ?
R : Selon l’avis unanime des saints Pères et docteurs de l’Église, ces paroles se rapportent à la confession de foi : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Saint Jean Chrysostome, dans sa 53e homélie sur saint Matthieu, dit : « Sur ce roc je bâtirai mon Église, c’est-à-dire sur la foi de cette confession. » Le bienheureux Augustin écrit : « Que signifient les mots : “je bâtirai mon Église sur ce roc” ? Ils signifient : sur cette foi, sur les paroles : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
Q : Comment comprendre que le Sauveur donne ici à Simon, fils de Jonas, le nom de Pierre (roc) ?
R : Ici, Jésus-Christ parle de Pierre comme de la première pierre de la foi, mais les autres Apôtres sont aussi appelés fondements de la foi (Éphésiens 2, 20 ; Apocalypse 21, 14), et tous les chrétiens croyants sont également appelés pierres qui composent l’édifice de l’Église (1 Pierre 2, 5). Cependant, la pierre angulaire, le fondement sur lequel l’édifice de l’Église est établi, est Jésus-Christ lui-même, comme il le dit lui-même et comme les Apôtres le témoignent (cf. Matthieu 21, 42 ; Marc 12, 10 ; Luc 20, 17 ; Éphésiens 2, 20-22 ; 1 Pierre 2, 6-7 ; 1 Corinthiens 3, 11).
Q : Les clés du Royaume des Cieux ont-elles été données à l’Apôtre Pierre seulement ?
R : À Pierre, qui, par la grâce qui lui fut donnée, confessa le premier la foi au Christ, fut donné le premier le pouvoir sublime de lier et de délier les péchés. Mais aux autres Apôtres aussi fut donnée ensuite la grâce de la foi, et le Seigneur leur dit également : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel » (Matthieu 18, 18). Ce pouvoir leur fut donné par le Seigneur lui-même, non par l’Apôtre Pierre, et ils le transmirent aux pasteurs de l’Église.
Q : Quel autre passage de l’Évangile les théologiens romains citent-ils ?
R : Les paroles du Sauveur à Pierre : « Simon, Simon, satan a demandé de vous cribler comme le froment. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères » (Luc 22, 31-32). Les catholiques y voient l’avantage de Pierre sur les autres Apôtres et l’injonction du Sauveur de les affermir dans la foi.
Q : Que signifient réellement ces paroles ?
R : Par ces paroles, le Seigneur avertit Pierre de sa chute prochaine, de son reniement, comme Pierre le comprit. Le Sauveur soutient également Pierre, en prédisant le caractère temporaire de sa chute, la continuation de son ministère apostolique et l’affermissement des frères chrétiens dans la foi avec une plus grande compréhension de leur faiblesse, comme ayant lui-même subi une grave tentation. Nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament il n’est dit que Pierre a affermi les Apôtres. La foi inébranlable leur fut donnée à tous par le Seigneur Dieu lui-même, par l’envoi du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte.
Q : Quel troisième passage de l’Évangile les théologiens catholiques citent-ils ?
R : L’entretien de Jésus-Christ avec les disciples près du lac de Tibériade après sa résurrection (Jean 21, 15-17). Les théologiens romains y voient les prérogatives particulières données par le Seigneur à Pierre sous la forme d’un pouvoir sur toute l’Église, tant sur les simples croyants (les agneaux) que sur les pasteurs (les brebis).
Q : Quel est le sens réel de cet entretien ?
R : Par sa triple question « M’aimes-tu ? », le Seigneur rappela à Pierre son triple reniement. Par la triple répétition de « pais mes agneaux, pais mes brebis », le Seigneur assura Pierre du rétablissement de sa dignité apostolique. Seule une interprétation scolastique arbitraire peut affirmer que le Christ désignait ici les simples fidèles par « agneaux » et les pasteurs et Apôtres par « brebis ».
Q : A-t-on une indication dans l’Écriture Sainte que Pierre a reçu la primauté et le pouvoir sur les autres Apôtres et l’Église entière ?
R : Cette idée est absente de l’Évangile et contredit tout l’esprit du récit évangélique. Le Seigneur n’a jamais autant réprimé ses disciples, ni mis en garde contre quoi que ce soit avec autant de zèle, que contre l’orgueil et la recherche de supériorité (cf. Matthieu 20, 25-28 ; Marc 9, 33-35 ; 10, 42-45 ; Luc 9, 46-48 ; 22, 24-27 ; Jean 13, 14-15). Comme le montrent les Actes et les Épîtres, le Seigneur n’a pas accordé une telle primauté à Pierre après son ascension. Les autres Apôtres ne recevaient aucune coordination, instruction ou pouvoir de Pierre, mais étaient guidés directement par l’Esprit Saint et Jésus-Christ.
Q : Quelles autres tentatives Rome a-t-elle faites pour justifier ses prétentions à la domination ?
R : En utilisant de nombreux documents et recueils canoniques falsifiés, compilés entre le IXe et le XIIe siècle, dont les plus célèbres sont les « Fausses Décrétales (Pseudo-Isidoriennes) » (829-957), contenant des « documents » pontificaux remontant aux premiers temps de l’Église romaine (dès l’an 77). Selon ces décrétales, le pape aurait reçu de l’Apôtre Pierre la plénitude du pouvoir suprême dans l’Église universelle, et les primats des Églises locales tenaient leur pouvoir du pape. À l’époque de la Réforme, il devint clair que tous ces « documents » étaient soit faux, soit déformés.
Q : À quelles conséquences ont conduit les ambitions de pouvoir de Rome pour l’Église chrétienne ?
R : Les prétentions des papes au pouvoir suprême sur toute l’Église, ainsi que leur modification unilatérale du Symbole de foi (sur la procession du Saint-Esprit « et du Fils » – filioque), furent la cause principale de la séparation de l’Église d’Occident de l’orthodoxie en 1054. Par la suite, la reconnaissance de la primauté du pape fut posée par Rome comme une condition obligatoire pour toute tentative de « réunification ».
Q : Que peut-on dire, sur la base de ce qui précède, de la doctrine de la primauté du pape ?
R : Cette doctrine contredit l’Écriture Sainte, la Tradition Sainte et les faits historiques. Elle est donc absolument fausse et hérétique. Les tentatives de sa mise en œuvre pratique ont conduit à la plus grave des conséquences pour le christianisme – la séparation du catholicisme d’avec l’orthodoxie.